Kobe Bryant, modèle de retenue et d'amabilité !
L'arbre qui cache la forêt
Quand on fait le bilan de la saison, il est difficile de ne pas évoquer les 81 points de Kobe contre Toronto. Contre Dallas, il avait déjà inscrit 62 points en à peine 29 minutes. Une performance tout à fait comparable à celle réalisée contre les Raptors et qui fait de Kobe Bryant un marqueur hors-norme au sein de la NBA. Le numéro 8 des Lakers finit d’ailleurs largement en tête du classement des meilleurs marqueurs avec une moyenne de 35 points, la plus forte depuis 1988. Seul bémol, son pourcentage au shoot n'est pas celui de Jordan (53% contre 45). Dire qu’il est indispensable au jeu des Lakers est un doux euphémisme. Lors de chacune de ses deux absences, les partenaires de Kobe se sont à chaque fois inclinés contre une équipe d’Utah solide mais loin d’être géniale. Une seule statistique résume la dépendance des Lakers pour leur capitaine : Bryant marque 37% des points de son équipe ! Une proportion hallucinante qu’on ne retrouve bien sûr dans aucune autre équipe. Allen Iverson, bon deuxième, est à peine au dessus des 30%. A lui seul, ce chiffre en dit long sur le cas Kobe. Car en effet, que penser d’une équipe qui dépend autant d’un joueur ? Pour battre les Lakers, il suffit finalement de défendre sur Bryant. Et c’est sans doute là que réside la clef de la performance de l’enfant terrible du basket US : il avait en face de lui une des plus faibles défenses de la Ligue, Toronto. En Play-offs, Kobe ne pourra d'ailleurs pas rééditer ce genre de performance, étant obligé de faire face à un défenseur du calibre de Raja Bell. Il faudra d'ailleurs une grand habileté pour pousser le défenseur des Suns à bout et provoquer son expulsion dans le Game 5, donc sa suspension pour la match suivant.
Dérive du sport business
La vraie force de Bryant tient en fait dans sa très forte médiatisation au sein d’une ville toujours en mal de nouvelles vedettes, Los Angeles. Comme il l’a toujours souhaité, il est enfin l’unique star d’une franchise prestigieuse, pour l’instant en phase de reconstruction. C’est là son principal atout. Les Pistons enquillent les victoires depuis près de quatre ans dans une indifférence médiatique quasi-générale. Pourquoi ? Parce qu’il est bien difficile de ressortir une personnalité d’un groupe aussi homogène que celui des joueurs de Detroit. Oui, Bryant est très fort, mais il incarne aussi la dérive complète du sport business : l’individualisation de la performance à outrance, au détriment du collectif. Du match contre Toronto, on ne retient pas la victoire mais uniquement le nombre de points marqués par Kobe. Si les Lakers avaient perdu, on aurait parlé des 81 points de Bryant de la même manière. L’effet de mode fait que tous les observateurs, à commencer par l’ancien de Chicago, Steve Kerr, ont annoncé que Kobe serait forcément le prochain MVP. Un tel choix aurait pourtant été contraire à toutes les logiques.
Pas encore un MVP
Depuis qu'il existe, le trophée de Most Valuable Player incarne l’image du leader, de celui qui bonifie et fait gagner son équipe : Steve Nash à Phoenix, Kevin Garnett à Minnesota ou Tim Duncan à San Antonio. Certes, les Lakers ont gagné 11 matches de plus que l’an dernier et sont parvenus à se qualifier pour les Play-offs. Mais l’équipe de Phil Jackson est encore très loin des Spurs, des Mavs ou même des Suns, qu'ils n'ont accroché en PO que parce que ses derniers étaient privés de leurs intérieurs (Stoudemire et Thomas). Avec seulement 45 victoires, les Lakers ne peuvent pas prétendre compter un MVP dans leur rang. C’est d’ailleurs le Zen Master qui a remis l’équipe à l’endroit, pas Kobe Bryant qui éclipse plus qu’il ne bonifie le jeu de ses partenaires. Le numéro 8 était quasiment transparent l’an dernier quand son équipe sombrait. Les performances de son capitaine impressionnent d’ailleurs l’ancien coach de Jordan, tout autant qu’elles l’inquiètent. Dans les colonnes du Los Angeles Times, Phil Jackson expliquait ainsi : "Ce n’est pas exactement la manière idéale pour remporter un match, mais quand il faut en gagner un, on est heureux de disposer de ce genre de solution !" Tex Winter, l’assistant de Jackson aux Bulls et architecte de l’attaque en triangle enfonce le clou : "C’était l’un des meilleurs matchs exhibition que j’ai vu de ma vie, et j’en ai vu beaucoup. C’est tout ce que les fans aiment, mais je ne pense pas qu’on puisse gagner un titre comme cela !"
Tout sauf un leader !
Car les Lakers ne sont qu’une équipe de milieu de tableau, et si Kobe est un bon marqueur, il n’est… qu’un bon marqueur ! Il ne sera jamais l’équivalent d’un Jordan ou même d’un James, capable par leur charisme de porter une équipe à eux seuls et de transcender leurs partenaires jusqu’au titre suprême. Kobe a d’ailleurs refusé d’endosser ce rôle quand il a été drafté à Charlotte, pour être immédiatement transféré aux Lakers. Les vrais champions font les grandes équipes, pas l’inverse. En choisissant Cleveland, une équipe qui n’avait pas joué les Play-offs depuis près de dix ans, James se pose en héritier direct dans le testament de Jordan. Le numéro 23 des Bulls avait mis 7 ans à hisser son équipe sur le toit du monde, une franchise qui n’avait jamais rien gagné avant son arrivée. Il ne l’a quittée qu’après en avoir fait la meilleure équipe de tous les temps, ou presque ! Aux Etats-Unis, un vrai champion, c’est ça… Et non pas un garçon capable d’inscrire 81 points contre une équipe de bas de tableau ! A force de prendre 50 tirs par match, il fallait bien qu’un soir de réussite, Kobe fasse «péter» les compteurs. Car à part tirer, Bryant reste un joueur assez limité qui n’a, par exemple, réalisé aucun triple double cette saison. On ne peut pas non plus dire qu’il ait bonifié le jeu de ses partenaires. Il suffit pour s’en convaincre de demander leur avis aux intéressés que sont Gary Payton, Shaquille O’Neal ou Karl Malone. Du temps d’O’Neal, il n’était d’ailleurs qu’un fidèle lieutenant, un statut qu’il ne supportait pas ! Et malgré cela, il était encore loin du niveau d’un Scottie Pippen, capable d’emmener les Bulls dans un septième match en demi-finales de conférence sans Jordan (en 94 contre les Knicks).
Le surdoué a pris du retard
Kobe a sans doute grandi trop vite en sautant la case universitaire et en devenant le plus jeune joueur à fouler les parquets NBA à seulement 17 ans. Il a oublié que le basket était un sport collectif et pas seulement une performance physique. Car le numéro 8 des Lakers est incontestablement doué, son physique hors-norme lui permet de prendre plus de 40 tirs par match, dont les deux tiers à plus de six mètres de distance, ce qui demande une puissance physique qui est loin d’être le lot de tous les joueurs NBA ! Mais il n'a toujours pas l’intelligence de jeu d’un James ou la vision d’un Nash. Il restera un diamant brut tant qu’il n’étoffera pas son jeu, basé uniquement sur l’attaque individuelle. A seulement 21 ans, LeBron James est déjà infiniment plus complet que lui et n’en est qu’un meilleur joueur pour son équipe. Nul doute que Kobe a pris conscience d’une partie de ses lacunes en acceptant le retour de Phil Jackson à l’intersaison. Celui qu’on adore détester en raison notamment de son arrogance comprend que son manque de reconnaissance vient aussi de son absence totale d’altruisme. Après avoir accepté de faire partie de l'équipe US, il se montre enfin respectueux de ses aînés. A l’issue du match contre les Raptors, Bryant a ainsi expliqué sur le site officiel des Lakers : "Le simple fait que Magic Johnson m’ait appelé pour me féliciter et me dire à quel point il avait aimé ce match a infiniment plus de saveur que les 81 points que je viens de marquer !". Kobe poursuit donc sa mutation, sportive et médiatique. Le chemin à parcourir pour devenir l’égal d’un Garnett, d’un Nowitzki, d’un Duncan ou d’un James, n'est peut-être plus très long !